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Le témoignage des terriers

(Registre décrivant les terres et propriétés immobilières des seigneurs avec leurs tenanciers. En quelque sorte matrices cadastrales et rôle d’impôt). Au cours de l’histoire, on aurait tendance à imaginer une amélioration croissante du sort paysan, à Etaules comme ailleurs sur le plateau. De bonne heure, certes, le serf des abbés de St Etienne ou des chanoines de la Ste Chapelle a été libre de corps. Mais qu’est cette liberté de survivre et que devient-elle lorsque bourgeois et marchands s’approprient pour leurs troupeaux friches et prairies ? Lorsque la vie ne tient qu’au bout de terre attenant à la maison ? Partir ? L’usage de mainmorte et les censives solidaires y sont un sérieux obstacle et d’ailleurs il ne semble pas que les familles se soient déplacées au-delà des villages voisins appartenant au même propriétaire. On trouve les mêmes noms dans deux ou même trois terriers successifs, soit parfois pendant 150 ou 200 ans.

Certes, la fabrique d’Etaules (groupe de personnes, clergé généralement, administrant les biens de la communauté paroissiale ; en 1707, on a relevé une sentence pour contraindre la fabrique d’Etaules à passer reconnaissance des cens de terres qu’elle possède au profit du Chapitre) a veillé à la relative sécurité des tenanciers du Chapitre mais nous verrons qu’à la veille même de la Révolution les droits féodaux pesaient encore de tout leur poids sur la vie rurale. Le dernier terrier des  » Terres et Seigneuries du Val Suzon, Darcy, Etaules, Ste Floy et Plain d’Ahuy appartenant aux Sieurs Vénérables Chanoines du Chapitre d e la Ste Chapelle de Dijon  » date de 1770 et succède à celui de 1655. Le titre de la grosse du terrier comporte une tête de sanglier et une biche, symboles forestiers que les villageois n’avaient que le droit de subir. Nous nous sommes bornés à reproduire quelques articles caractéristiques seulement.

De ce terrier de 1770 que l’on croirait calligraphié d’hier, le premier article stipule l’interdiction de chasser et de pêcher faite aux habitants. Remarquons le style qui prête la décision aux habitants !  » Confessent aussi les dits habitants qu’il n’est permis à qui que ce soit de chasser les dites terres et seigneuries aux peines portées par l’ordonnance. De même qu’il n’est permis à qui que ce soit de pêcher d’aucune façon ni manière en la rivière du Val Suzon, ni de l’épuiser, ni de d’y faire naiser leurs chanvres et laver leurs brebis sans la permission des dits sieurs Vénérables à peine d’amende de 75 sols. Déclarent pareillement les dits habitants et justiciables qu’ils ne peuvent s’assembler pour le fait de leur communauté et passer des procurations sans la permission des dits Sieurs Vénérables à peine d’amende de 65 sols, qu’il n’est de même permis à aucun des habitants de faire jouer des instruments ni planter des quilles les jours de fête et Patron sans la licence des dits Sieurs Vénérables à peine d’amende. Confessent aussi les dits habitants que lorsque quelqu’un est trouvé mésusant les bois des dits Sieurs Vénérables, il est amendable de 75 sols avec les dommages et intérêts lorsque la prise est faite par des Sergents ou des Forestiers et quand la prise est simple, l’amende n’est que de 7 sols non compris les dommages et intérêts.

Plus loin, nous trouvons que la dîme est payable  » en pois, lentilles, fèves ou chanvre « . Que le four banal, situé à Etaules exige de  » vingt miches une  » (une miche au seigneur chaque fois que l’on en cuit vingt). Que les habitants d’Etaules ont droit de vain pâturage par droit de parcours au finage de Ste Foy et que le moulin de Ste Foy est banal. Sur protestation des habitants d’Etaules, il leur est répondu que cette banalité était liée au vain pâturage… Toutes taxes et banalités sont payables à la St Martin d’hiver.

Il est fait mention de la Corvée à la Dame qui, non morcelée, appartient toute entière aux Chartreux de Dijon pour 3264 perches, soit 9 journaux et 1/8ème. Aux mêmes Chartreux sont la Combe aux Jays, le Bois des Brosses (près des linières) et les terrasses au-dessus de la Trouvée au lieu-dit en Champ St Barthélemy. Un lieu-dit appartient propre aux habitants d’Etaules : Chevreoiche, au Sud de la Combe au Diable. Un autre lieu-dit porte un nom de famille connu à Etaules bien avant, et bien après cette époque : les Croys Viennot, à l’ouest du Grand Pré et du Pâquier.

Il est plus difficile de retrouver l’emplacement des maisons tant les descriptions faites sont laborieuses. Qu’on en juge :  » une maison au sieur Chenevet avec appendis contenant une douzième de journal et deux perches, joignant d’un long de bise une cour, d’orient inclinant midy un chemin de Jean Nibault, aboutissant d’Orient sur une voye sommune et d’autre bout sur le surplus de cette directe « . Il s’agit de la maison de l’ancien Maire d’Etaules, mais s’il n’avait pas été fait mention du chemin de Jean Nibault…

Le sieur Chevenet était sans doute un bourgeois de Dijon car il ne figure sur aucun terrier comme habitant d’Etaules. La liste des habitants qui ont signé, quand ils savaient, non sans protester, la reconnaissance de leurs multiples devoirs dans ce dernier terrier qui devait être le dernier est émouvante. (Les textes qui précèdent sont extraits d’un mémoire de M Michel Hortigue (dans les années 1970) qui avait choisi Etaules en raison de liens d’amitiés avec quelques Etaulois et aussi de la proximité de Dijon). Du Celte au Franc, en passant par les féodaux, les communautés religieuses, les chanoines, les monarchies puis la Révolution et la République, l’histoire d’Etaules se confond avec les communes voisines : Messigny, Ahuy, Daix, Plombières, Darois… Les possédants ont des propriétés dans les villages alentours. Plusieurs fois dans le XVIII° siècle, il se produit des désordres climatiques tels que grandes sécheresses et forts gels dont les conséquences furent des famines et diverses épidémies et aussi l’apparition de brigands.

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